DEVENIR PROFESSIONNEL DE L'ENFANCE PROTéGéE

Accompagner les TISF : un maillon essentiel et de proximité pour les familles

Niveau d'expertise : intermédiaire

Portrait

Un professionnel témoigne de son parcours, ce qui l'a amené à faire ce métier, les réussites ou difficultés rencontrées au quotidien, les passerelles pour évoluer dans le secteur

Conseillère en Économie Sociale et Familiale de formation, Sophie dirige un service de TISF dans le Jura depuis treize ans. Elle défend un métier de terrain "caméléon", indispensable au soutien à la parentalité. Son approche managériale privilégie l'écoute et la proximité pour faire face aux réalités parfois difficiles de la protection de l'enfance.

Il n’y a pas de magie. Notre but est de faire prendre conscience aux parents que c'est eux qui comptent le plus pour leurs enfants.

Sophie DANJEAN

L'interview

Pouvez-vous vous présenter, revenir sur votre parcours professionnel antérieur et nous raconter comment l'envie d'exercer ce métier est née ?

Je suis travailleur social de formation, titulaire d'un diplôme de Conseillère en Économie Sociale et Familiale (CESF). Dès le départ, les domaines de la vie quotidienne m'intéressaient énormément : je voulais travailler sur la santé, la sécurité, l'alimentation ou l'hygiène.

J'ai donc d'abord travaillé dans des associations de lutte contre l'exclusion. J'ai aussi œuvré dans le champ de l'inclusion pour les personnes en situation de handicap. En 2012, j'ai été recrutée comme responsable de secteur pour accompagner des TISF. C'était un domaine que je ne connaissais pas, mais qui m'a tout de suite plu. Il y a une part d'engagement personnel très forte dans le milieu social.

Au quotidien, je souhaite défendre certaines causes, notamment le soutien à la parentalité. Et dans mon quotidien professionnel, j’accompagne des parents en situation de précarité, en souffrance psychique, en situation de handicap ou tout simplement en situation de fragilités temporaires dans la gestion de l’enfant au quotidien.

Quel chemin avez-vous emprunté pour accéder à ce poste ?

Je n’avais jamais travaillé directement sur le terrain de la protection de l'enfance avant ce poste.
Auparavant, j’ai occupé des postes à responsabilité et de management d'équipe. Ce sont mes équipes, les TISF, qui m'ont appris leur métier au fil du temps.

En 2021, j'ai souhaité valider mes acquis par un diplôme. J'ai suivi un Master 2 en management des organisations sanitaires et sociales. La formation s'est faite en distanciel avec l'université de Nancy, en parallèle de mon poste.

Concrètement, à quoi ressemble votre quotidien ?

Mon quotidien consiste à encadrer des équipes et à analyser des situations familiales. Je gère l'organisation globale du fonctionnement du service, le budget et la logistique. Nous sommes une petite structure, je considère mon équipe un peu comme un système familial. L'écoute des salariés est primordiale pour faire avancer le service.

Concernant les TISF, elles occupent une place centrale au cœur des familles. Elles passent énormément de temps au domicile, dans la proximité. C'est un métier différent de l'éducateur qui mène des entretiens directifs avec les parents. La TISF s'adapte au rythme de l'enfant, affronte les problèmes avec subtilité et représente une présence discrète qui en fait un pilier pour les familles.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur la réalité du terrain par rapport à vos attentes initiales ?

Les TISF savent tout gérer, alors on les sollicite pour tout. Il y a le risque d’en devenir trop polyvalentes : il faut parfois se demander si c'est vraiment notre mission ou si on comble un manque que l’on ne devrait pas forcément combler.

Aussi, il arrive qu'on nous sollicite alors que les mesures d’aide éducative n’ont pas encore été mises en place (faute de place et délais très longs) ou prononcés formellement par le juge des enfants . Dans ce cas, on intervient par défaut, en attendant une mesure qui mettra parfois un an à arriver. C'est frustrant.

Cependant, dans le département du Jura, nous avons la chance de bénéficier d’une reconnaissance de notre travail par le Conseil Départemental. La montée en compétence des TISF ces 15 dernières années est réelle et porte ses fruits.

Quels sont les aspects les plus gratifiants de votre métier ?

Le plus gratifiant est de voir les parents s'emparer de la mesure éducative. Leur faire réaliser qu'ils sont les personnes qui comptent le plus pour leurs enfants et voir le sourire de l'enfant et les gestes affectifs retrouvés est particulièrement gratifiant.

A contrario, la difficulté est parfois de faire entendre la voix des TISF. Leurs observations de terrain sont précieuses mais parfois moins écoutées que celles des assistants familiaux. Il y a encore du travail pour que leur parole soit prise en compte à sa juste valeur.

Si vous deviez partager votre plus belle fierté ou un souvenir marquant, lequel choisiriez-vous ?

Je pense à une situation sanitaire très dégradée où personne ne voulait aller. Un travailleur social m'a signalé un logement envahi de cafards, jusque dans le micro-ondes. Il n'osait pas demander une TISF, mais les enfants vivaient là-dedans.

On ne pouvait pas laisser des enfants vivre avec des insectes dans leur habitat au quotidien. Nous avons donc trouvé des professionnelles prêtes à y aller, d'abord dix minutes, puis une demi-heure. Notre intervention a permis de déclencher une désinsectisation et une mesure de protection. Cela me met en colère que l'on puisse hésiter à intervenir dans de telles conditions.

Quelle est votre vision pour la suite ?

Je suis assez pessimiste concernant les choix politiques et les financements. La protection de l'enfance risque d'être encore la "grande oubliée" malgré l'actualité médiatique. On entend beaucoup parler de scandales ou de besoins, mais les moyens financiers ne suivent malheureusement pas pour pouvoir assurer nos missions dans de bonnes conditions.

J'espère néanmoins que l'on continuera à militer pour ces causes essentielles.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à un candidat qui hésite encore à se lancer dans cette aventure professionnelle ?

C'est un métier où l'on ne s'ennuie jamais, le quotidien est extrêmement diversifié. On travaille avec de l'humain, avec des situations toujours différentes. C'est d'une richesse incroyable si on aime le contact.

Il faut avoir le courage de ne rien lâcher et faire preuve d'une grande empathie. C'est un métier "caméléon" : il faut savoir s'adapter à toutes les situations et tous les milieux. Il faut être prêt à entrer dans l'intimité des familles sans jugement.

Le retour d'expérience en détails

Dates clés

  1. 1997

    BTS ESF au Lycée Hyacinthe Friant

  2. 2011

    Premier jour en poste

  3. 2019

    Master 2 à l'Université de Lorraine

  4. 2021

    Poste de cheffe de service

Chiffres clés

  • 13

    années d'expérience sur ce poste

  • 50

    TISF encadrées environ au total (très majoritairement des femmes)

  • 2 100 - 2 500

    euros de salaire brut (pour une TISF)

À retenir

  • Impact concret : Voir les parents s’emparer de la mesure éducative et retrouver des liens affectifs avec leurs enfants.

  • Reconnaissance locale : Bénéficier d’une reconnaissance du travail des TISF par le Conseil Départemental du Jura.

  • Manque de moyens : Intervenir par défaut en attendant des mesures officielles (AED), parfois pendant un an, faute de places disponibles.

Vous êtes passés à l'action sur l'Enfance Protégée ?

Partager mon expérience