DEVENIR PROFESSIONNEL DE L'ENFANCE PROTéGéE

Maël Gourmelon : Moniteur Éducateur, être un tuteur de résilience au quotidien

Niveau d'expertise : intermédiaire

Portrait

Un professionnel témoigne de son parcours, ce qui l'a amené à faire ce métier, les réussites ou difficultés rencontrées au quotidien, les passerelles pour évoluer dans le secteur

Dans le secteur de la protection de l'enfance, certains parcours se dessinent comme une évidence. C'est le cas de Maël Gourmelon, qui a démarré sa carrière très jeune, à peine majeur, sur le bassin grenoblois.

Après près de cinq ans d'exercice entre Maison d'Enfants à Caractère Social (MECS) et Institut Médico-Éducatif (IME), il nous livre sa vision d'un métier de lien. À travers son témoignage, Maël nous plonge dans la réalité du terrain : des horaires d'internat au travail d'équipe indispensable, en passant par ces "petits riens" du quotidien qui construisent de grandes victoires.

Nous intervenons comme des tuteurs... comme un tuteur qui aide une plante à pousser.

Maël Gourmelon

L'interview

Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel  et nous raconter comment l'envie d'exercer ce métier est née ?

J'ai eu un cursus classique au départ en lycée général.

En 2011, alors que j’étais encore un étudiant qui cherche sa voie, j'ai rencontré un animateur de mon quartier qui était moniteur éducateur. Il montait des projets associatifs avec des jeunes, et c'est quelque chose qui m'a vraiment parlé. Je me suis dit : "Tiens, j'ai toujours été porté vers les autres, je me verrais bien faire un métier en lien avec les gens".

Après mon bac en 2014, je me suis donc orienté vers le concours de Moniteur Éducateur pour obtenir le DEME (Diplôme d'État de Moniteur Éducateur). Dès mes premiers stages à Grenoble, notamment un stage long de six mois, j'ai su que c'était ma place. J'ai tout de suite été attiré par la protection de l'enfance

Quel chemin avez-vous emprunté pour accéder à ce poste ?

J'ai passé le concours à Grenoble et j'ai intégré l'IFTS d'Échirolles (devenu Ocellia) pour une formation de deux ans, très professionnalisante. En parallèle, j'ai aussi passé un BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport) pour devenir éducateur sportif, car mon truc à moi, c'est les sports d'eau vive et la montagne, et je voulais utiliser ça comme support éducatif.

La formation de moniteur éducateur ne t'apprend pas à être un éducateur parfait, mais elle te donne des "petites billes", des outils psychologiques pour comprendre l'individu. On s'imprègne d'un champ lexical important, comme la "contenance psychique" : c'est apprendre à poser un cadre rassurant pour qu'une personne puisse évoluer sereinement, ou exprimer ses émotions dans un espace adapté

Concrètement, à quoi ressemble votre quotidien et celui des personnes que vous accompagnez ?

J'ai exercé principalement en MECS à Grenoble. C'est un travail d'équipe constant, on est jamais seul : on travaille toujours en binôme sur le groupe, avec l'appui du chef de service et des psychologues lors des réunions d'analyse des pratiques.

Le rythme est celui de l'internat, avec des horaires "coupés" : l'équipe du matin fait 6h30-14h, et celle du soir 14h-23h.

Le matin, de 6h30 à 14h, on fait le relais avec le veilleur de nuit, puis on réveille les "loulous". Il faut gérer le timing avec rigueur pour l'école : petit-déjeuner, brossage de dents... Ensuite, on gère les tâches administratives, les rendez-vous médicaux et le lien avec les partenaires, comme les référents ASE par exemple.

L'après-midi et en soirée, de 14h à 23h, après le relais entre collègues, on récupère les jeunes à l'école, on gère le goûter et les devoirs. Le soir, on essaie de proposer des petites animations, comme ouvrir une carte du monde pour leur donner envie de voir autre chose. Et enfin le coucher, avec une petite histoire. C'est un moment délicat, car se retrouver seul dans le noir sans ses parents, ce n'est jamais facile pour eux.

Côté évolution de carrière, ce métier permet de naviguer entre différents publics. Je suis par exemple passé de la protection de l'enfance au secteur du handicap en IME avant de revenir en MECS. C'est un secteur où il y a beaucoup d’opportunités et d’offres.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur la réalité du terrain par rapport à vos attentes initiales ?

Pour le jeune professionnel que j'étais, c'était idéal au début. J'avais vraiment trouvé ma place. Le cadre de Grenoble, au cœur des montagnes, permettait de faire des week-ends rando avec les jeunes, ce qui est un outil éducatif formidable.

On intervient comme des "tuteurs", au sens où l'on aide une plante à pousser, car ces jeunes ont des parcours de vie difficiles. Avec l’appui de la famille, on cherche à aider l’enfant à se reconstruire afin qu’il puisse vivre son enfance de manière plus apaisée, plus stable. Je voulais arriver vite dans le monde du travail et je n'ai pas été déçu.

Bien sûr, il faut une "période tampon" au début pour se sentir tout à fait légitime. Mais on apprend vite car on n'est jamais tout seul dans ce métier, jamais. On travaille toujours au minimum à deux sur le groupe, et plus généralement avec notre chef de service, le référent ASE, et même le juge.
C'est vraiment grâce à l'équipe que l'on peut rapidement trouver des perspectives d'accompagnement et construire sa posture.

Quels sont les aspects les plus gratifiants de votre métier ? A contrario, quelles sont les difficultés ou contraintes que vous rencontrez, et quelles qualités humaines sont nécessaires pour y faire face ?

Le plus gratifiant pour moi dans ce métier c’est de voir que le jeune fait du chemin et qu'il arrive à développer ses propres convictions. Qu'il parvient à trouver lui-même des solutions pour avancer, qu'il se reconstruit petit à petit.

Dans le quotidien, des moments comme les week-end permettent de sortir de la routine scolaire et de vivre des temps privilégiés avec les jeunes comme lors d'un atelier cuisine ou encore d'une sortie loisir. Ce sont des moments simples mais extraordinaires.

La difficulté, ce sont les conflits. Il faut apprendre à accueillir les émotions négatives. Quand un jeune "pète sa crise" le soir, tu ne peux pas juste claquer la porte. Il faut accueillir sa colère, sa frustration, et ça demande de bien se connaître soi-même. Heureusement, on n'est jamais tout seul : l'équipe et les temps d'analyse de la pratique avec des psychologues sont des ressources précieuses.

Si vous deviez partager votre plus belle fierté ou un souvenir marquant, lequel choisiriez-vous ?

Je pense à une semaine de camp à la montagne, à Aix-les-Bains, avec deux jeunes de 13 ans au profil très turbulent, qui n'avaient le droit de partir nulle part d'habitude, à cause de leur comportement.

On a visité une ferme pédagogique. Le lien avec les animaux, quand c'est trop dur avec les humains, ça marche souvent. Pendant trois jours, dans ce cadre idyllique, c'est comme si on avait oublié tous les moments difficiles. À leur retour, on avait passé une étape : on avait réussi à les "accrocher" un peu plus, notre relation était devenue plus solide.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à un candidat qui hésite encore à se lancer dans cette aventure professionnelle ?

Pour se lancer, je dirais qu'il faut aimer l'autre et être prêt à "prendre soin", au sens large. Il faut être prêt à s'investir sur la durée. Ce n'est pas un métier "à la carte". Malheureusement, il y a beaucoup de turnover, or l'accompagnement prend du temps.

La durée moyenne d'un placement est souvent de 6 mois sur le papier, mais en réalité, un jeune reste souvent un an voire plusieurs années. Plus tu prends du temps pour l’accompagner et le guider, plus tu donnes du sens à ton accompagnement.

Le retour d'expérience en détails

Dates clés

  1. 2011

    Le déclic (rencontre avec l’animateur de quartier)

  2. 2014

    Obtention du Bac 

  3. 2014-2016

    Formation à l'IFTS d'Échirolles

  4. 2017

    Obtention du Diplôme d'État de Moniteur Éducateur (DEME)

Chiffres clés

  • 5

    ans d'expérience

  • 40

    personnes accompagnées

  • 1

    an d'accompagnement en moyenne

À retenir

  • Ce qui est le plus gratifiant, ce sont les "petits riens". Certains jeunes arrivent de tellement loin dans leur parcours que des choses très banales, comme dire un "bonjour" ou "merci", représentent en fait de grandes victoires.

  • La difficulté, ce sont les conflits. Il faut apprendre à accueillir les émotions négatives. Quand un jeune "pète sa crise" le soir, tu ne peux pas juste claquer la porte. Il faut accueillir sa colère, sa frustration, et ça demande de bien se connaître soi-même.

Les partenaires du projet

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