DEVENIR PROFESSIONNEL DE L'ENFANCE PROTéGéE

Romain Thirion, éducateur sans diplôme, raconte sa Validation des Acquis de l’Expérience

Niveau d'expertise : intermédiaire

Portrait

Un professionnel témoigne de son parcours, ce qui l'a amené à faire ce métier, les réussites ou difficultés rencontrées au quotidien, les passerelles pour évoluer dans le secteur

Romain Thirion a forgé ses compétences sur le terrain. Après des débuts dans l'animation et le médico-social, il rejoint la protection de l'enfance en 2010. D'abord en CDD, il est formé par ses pairs et devient un pilier des équipes en Maison d'Enfants à Caractère Social (MECS) à Auffargis (78). Aujourd'hui coordinateur auprès de mineurs non accompagnés (MNA) à Pontoise (95), il s'est lancé dans une VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) pour acquérir le diplôme d’éducateur Spécialisé. Il nous livre les clés d'un parcours où l'analyse de la pratique et l'accompagnement sont les moteurs de la réussite.

Ce n'est pas pour l'argent qu'on fait ce métier. Pour l'énergie que ça demande et le temps que l’on donne, c'est d’abord une réelle vocation plus qu'un simple métier.

Romain Thirion

L'interview

Pour commencer, pouvez-vous nous résumer votre parcours antérieur et le moment où le projet d’évolution s’est dessiné ?

J'ai commencé à travailler tôt, vers 19 ans, dans l'animation périscolaire. Ensuite, j'ai fait de l'aide à la personne en foyer d'accueil médicalisé. En 2010, j'ai postulé de façon spontanée à la fondation « La Vie au Grand Air ». A cette époque, je ne connaissais pas du tout le métier d'éducateur spécialisé. J'ai été pris en CDD et j'ai été formé directement sur le terrain par mes collègues. J'ai ensuite signé un CDI et j'ai travaillé plus de 10 ans en MECS.

Depuis 2019, je travaille au sein d’un service d’accueil en semi-autonomie destiné spécifiquement à des mineurs non accompagnés (MNA).

Durant mon parcours, j’ai essayé trois fois d’entamer une Validation des Acquis de l’Expérience (VAE). J'ai d’abord essayé en 2017, puis en 2022, mais je ne suis jamais allé au bout. Je commençais à rédiger les écrits attendus, mais je perdais mon élan. Je n'avais pas de date butoir, pas de suivi, pas de référent pour m’épauler L'année passait et le projet finissait par passer à la trappe.

Pourtant, cette année, je suis déterminée à mener ma VAE à terme, grâce au soutien de ma hiérarchie et à un accompagnement ciblé. Cette fois, j’irai jusqu’au bout ! J’ai entamé cette VAE pour être reconnu pour le travail que je fais depuis 15 ans. Il y a aussi une petite revalorisation salariale à la clé, même ce n'est pas la motivation première. Je le fais surtout pour acquérir mon diplôme d’éducateur spécialisé, valoriser mes apprentissages et évoluer par la suite, vers d'autres structures ou d'autres postes.

Comment avez-vous orienté vos recherches pour vous lancer dans cette VAE?

C'est mon employeur, la fondation « La Vie au Grand Air », qui a lancé un appel à candidatures pour une "classe interne". J'ai répondu et j'ai été appuyé par ma directrice. Dans ce processus, nous sommes suivis par un prestataire extérieur, "Les Deux Rives". Cette VAE a été financée intégralement par l'association : c’était prévu dans le budget annuel. Je n'ai pas eu besoin de toucher à mon Compte Personnel de Formation (CPF).

C'est une différence majeure avec mes tentatives précédentes. Là, je suis accompagnée par une structure dont c'est le métier : ce sont des experts. On a un calendrier précis, on ne m'oublie pas. Quand on termine un rendez-vous, on fixe tout de suite les deux suivants. C'est essentiel d'être suivi par un collectif réactif et soutenant. La VAE en solo c'est faisable, mais je pense que c'est nécessaire d'être accompagné pour garder la motivation.

Quel bilan tirez-vous du contenu et du déroulé de cette VAE ?

La VAE n'est pas une formation où l'on apprend de nouvelles choses. C’est une formation qui se fait au quotidien, sur le terrain : la VAE est d’abord un travail d'analyse des pratiques. On doit écrire ce qu'on fait dans nos pratiques quotidiennes et démontrer comment on le fait pour remplir des domaines de compétences. Cela permet de prendre du recul. On se rend compte qu'on remplit toutes ces cases aux "grands noms" simplement en faisant notre accompagnement quotidien. C'est valorisant et c’est aussi une remise en question : en analysant une situation par écrit, on se dit parfois qu'on aurait pu agir différemment.

Les ateliers de groupe sont un vrai plus. On échange entre pairs, on lit les écrits des autres. C'est plus facile d'entendre une critique ou un conseil venant d'un collègue qui vit la même réalité. On se donne des conseils pour ne pas faire de hors-sujet. L'accompagnatrice passe de groupe en groupe, elle nous cadre et nous rassure quand on doute.

Aujourd'hui en poste, quelles compétences vous semblent essentielles et lesquelles manquent parfois ?

Sur le terrain, on apprend à observer et analyser le public. C'est la base pour être efficace.

Il faut comprendre la psychologie de l'enfant et pourquoi il réagit ainsi. Une compétence clé, c'est la gestion du conflit et de la violence. Savoir réagir quand "ça pète", savoir si on doit rester avec le jeune ou passer le relai à un autre professionnel. Ce sont des choses qu'on ne sait pas au début et qui mériteraient des formations spécifiques.

Il y a aussi l'importance du cadre et des repères. En MECS, on doit tous travailler de la même manière. Si les encadrants n’adoptent pas les mêmes règles pour une structure, les enfants s'engouffrent très rapidement dans les failles d’organisation. Ils nous analysent plus vite que nous les analysons. Avoir un protocole carré, c'est offrir un repère sécurisant à des enfants qui en manquent.

Enfin, il faut savoir travailler avec les parents. L'objectif reste le retour au domicile dans un environnement serein : il faut donc travailler avec les parents tout au long du parcours de l’enfant, autant que possible.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui s'apprête à se lancer dans une VAE ?

Le piège à éviter, c'est de perdre la motivation durant le parcours de VAE. Quand on se lance, il faut y aller à fond. C'est un travail de 10 mois à un an. Il faut être sûr d'être bien accompagné par un professionnel, mais aussi soutenu par sa hiérarchie et sa famille.

C'est très chronophage. Il faut compter entre 3 à 5 heures d'écriture par semaine, sur son temps personnel. Il faut pouvoir s'isoler chez soi pour le faire. Si on n’a pas ce soutien et cette discipline, on risque de laisser tomber. Il ne faut pas hésiter à se faire aider, car cela permet de gagner en confiance sur ses écrits et d'aller au bout.

Le retour d'expérience en détails

Dates clés

  1. 2017

    Déclic et premier essai de VAE

  2. 2022

    Deuxième essai de VAE

  3. Septembre 2025

    Entrée en VAE avec un accompagnement extérieur "Les deux rives"

  4. Visée pour juin 2026

    Obtention du diplôme

Chiffres clés

  • 15

    ans d'expérience en protection de l’enfance

  • 2 100

    € de salaire hors primes

  • 10

    10 mois à 1 an pour réaliser une VAE

Les partenaires du projet

Aucun partenaire pour le moment.

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