Respect du besoin d'intimité des enfants et jeunes protégés au cœur de la conception du projet de MECS à Digne les Bains
Projet
Témoignage sur un projet mis en oeuvre, ses objectifs et la démarche adoptée, ses réussites et freins rencontrés, ses résultats et perspectives
Richard Segond, directeur général de l’association Saint-Martin, a piloté la rénovation de sa MECS historique (créée en 1841) pour offrir aux jeunes plus d’intimité et d’autonomie. En 18 mois, les unités de vie ont été repensées, les espaces communs et extérieurs rénovés, transformant le quotidien.
La cuisine rénovée à la MECS Saint-Martin à Digne-les-Bains. - Crédits photo : Banque des Territoires
La rénovation de notre MECS, située dans un bâtiment historique du 19e siècle, a été une petite révolution pour notre structure.
L'interview
Pouvez-vous vous présenter, présenter votre structure puis nous présenter en quoi consiste votre projet ?
Je suis Richard SEGOND, directeur général de l’association Saint-Martin. J’ai commencé ma carrière d’abord dans une mutuelle, puis auprès de l’UDAF en tant que comptable puis en tant que référent de service. C’est dans le cadre de cette première partie de carrière que j’ai découvert l’univers particulier de la protection de l’enfance. Très intéressée par les enjeux de la protection de l’enfance, j’ai décidé d’entamer une VAE pour gagner en responsabilité et obtenir le CAFDES (Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Directeur d’Etablissement ou de Service d’intervention sociale). A la suite de l’acquisition de ce diplôme, je suis devenue Directeur adjoint de l’association Saint-Martin pendant 10 ans, avant de devenir Directeur général depuis mars 2025.
Pour parler de notre structure, l’association Saint-Martin s’inscrit dans le temps long puisque cette structure, au bâtiment historique, existe depuis 1841. Au 19e siècle, elle était gérée par des religieuses, les Sœurs de la Charité, avec l’objectif de servir d’orphelinat pour les plus jeunes.
Nous avons conservé l’héritage social de cette structure en la faisant évoluer. Aujourd’hui, notre structure regroupe une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) qui accompagne plus de 120 jeunes confiés par les services de l’Aide Sociale à l’Enfance, un service d’unité et d’intervention à domicile (UNIDOM), un EHPAD de 80 places, un accueil de jour pour les personnes atteintes de pathologies neurodégénératives et une plateforme d’accompagnement et de répit dédiée aux proches aidants et à leurs proches en situation de dépendance.
Comment le sujet s’est-il imposé à l’agenda de votre structure ?
Il nous fallait impérativement rénover le bâtiment, qui datait du 19e siècle, avec des travaux d’amélioration qui avaient été apportés au bâtiment, sans que des travaux de fond n’aient été engagés.
Il convenait de repenser les espaces de la Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) Saint-Martin qui accueille des jeunes de 5 à 18 ans, voire au-delà dans le cadre de contrats jeunes majeurs, et qui ont des besoins d’intimité et d’autonomie spécifique. La MECS est divisée en 3 services : services d’accueil d’enfants et de jeunes protégés, un service de mineurs non accompagnés et un service de mineurs non accompagnés primo arrivants.
Nous avons donc conduit, pendant 18 mois, d’importants travaux de réhabilitation, de réaménagement et de rénovation de notre structure, pour garantir une plus grande autonomie aux jeunes accompagnés.
Comment avez-vous traduit les besoins des enfants/jeunes et des professionnels en un programme/projet immobilier ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
Nous avons tenté d’intégrer au maximum les besoins et demandes des jeunes en s’appuyant sur les réunions du Conseil des Jeunes que nous avions déjà mis en place au sein de notre structure. Notre objectif a été de faire remonter leurs besoins prioritaires pour les intégrer à la feuille de route de nos travaux. Parmi ces besoins, les jeunes ont évoqué leur souhait de bénéficier de salles de bains leur garantissant davantage d’intimité, d’espaces de jeux, de chambres personnalisées et adaptés à leurs besoins, d’espaces communs propices aux activités avec les équipes, d’espaces en plein air également….
Nous avons, dans la mesure de nos capacités, incorporé leurs demandes, en mettant en place de plus petites unités de vie, en intégrant davantage de salles de bains, et en les adaptant aux différents tranches d’âges et besoins spécifiques des jeunes accueillis. Nous avons aujourd’hui des unités de vie plus intimistes, plusieurs espaces communs pour les loisirs et activités des enfants et jeunes protégés, un grand jardin, un espace pétanque…
Quels travaux ou processus ont été déployés ?
Les travaux ont d’abord débuté par des sondages, des études de sol (implantation de l’ascenseur) et des rencontres avec les différents corps de métiers pour expliquer nos attentes et nos besoins à l’architecte.
Les travaux entrepris ont été de nature à améliorer nos consommations énergétiques par différents moyens : une meilleure isolation des murs et du plancher (rez-de-chaussée) ; un changement des menuiseries extérieures ; une amélioration de l’isolation de la toiture et l’installation d’une nouvelle chaudière ; la mise en place d’un nouvel outil de pilotage du système de chauffage et une amélioration de la ventilation.
Nous avons aussi renforcé la sécurité du bâtiment en améliorant notre système de sécurité incendie (SSI).
Enfin, nous avons augmenté la superficie globale du bâtiment de 500 mètres carrés pour être porté à 3000 mètres carrés. Tous les espaces ont été repensés et surtout les appartements où sont hébergés les enfants : nous avons créé de nouveaux appartements limités à 6 chambres, d’un espace de vie et d’une cuisine pour 8 à 9 jeunes maximums. Nous avons également construit davantage de bains par appartement : alors qu’auparavant une même salle de bains était partagée par plusieurs jeunes, aujourd’hui ces appartements permettent soit de disposer de sa propre salle de bains, soit de la partager à 2 ou à 4 au maximum. Également, nous avons entièrement rénové les espaces de vie communes, pour que les jeunes puissent s’approprier cet espace et qu’il soit adapté à leurs besoins (loisirs, détente, etc.). Enfin, nous avons créé des espaces dédiés pour accueillir les familles lors de leurs visites. Enfin, nous avons créé des espaces dédiés pour accueillir les familles lors de leurs visites.
Quelles ont été les contraintes majeures ?
L’une de nos priorités était la mise en sécurité des enfants durant les travaux. Pour cela, durant toute la durée des travaux, nous les avons hébergés les enfants su 5km de notre MECS, pour garantir une continuité d’accueil. Sur ce site temporaire, déployé sur un centre équestre, nous avons accueilli en un même endroit les enfants et les jeunes protégés ainsi que l’ensemble de l’équipe éducative, ce qui a représenté un défi par rapport à nos modes d’accueil habituels, où les équipes éducatives n’étaient pas mélangées aux lieux de vie des enfants.
Notre autre contrainte a été une contrainte de temps : en tant que Directeur adjoint de la structure à l’époque des travaux, je souhaitais que ceux-ci soient contenus dans un calendrier restreint, afin de ne pas trop impacter le quotidien de nos 85 professionnels sur site et des enfants hébergés. Je m’étais fixé pour objectif de pouvoir célébrer les fêtes de Noël 2022 au sein de nos bâtiments refaits à neuf. Et nous avons tenus cet objectif, en pouvant célébrer ces fêtes dans la convivialité au sein de nos nouveaux locaux, autour des enfants et de nos professionnels.
Quels sont les bénéfices concrets sur le quotidien et la qualité de l'accueil ? Au-delà des murs, qu'est-ce qui a changé ?
La rénovation a été une petite révolution pour notre structure. Dès les premiers mois, nous avons constaté une amélioration significative de la qualité d’accueil et d’accompagnement. Les enfants bénéficient désormais d’un confort thermique et physique optimisé, ce qui a un impact direct sur leur bien-être au quotidien.
Mais ce qui a vraiment changé la donne, c’est la réorganisation des unités de vie. En réduisant leur taille, nous avons pu apaiser les tensions au sein de la structure. Les enfants gagnent en autonomie, car ils évoluent dans un cadre plus intimiste, plus adapté à leurs besoins. C’est un cercle vertueux : moins de conflits, plus de sérénité, et une meilleure prise en charge individuelle.
Nous avons aussi constaté les effets de cette rénovation sur le bien-être des professionnels : travailler au quotidien dans des locaux neufs, adaptés à l’accompagnement, a renforcé leur bien-être au travail.
Le fait d’avoir de la place (espaces intérieurs, espaces extérieurs) permet aussi de créer des moments inouïs au sein de la MECS : organiser de grandes fêtes de fin d’année, des olympiades… Cette rénovation a encouragé l’organisation de moments conviviaux et dédiés aux enfants et aux jeunes.
Comment avez-vous financé le projet et qui vous a accompagné dans la réalisation de ce projet ?
Nous avons financé ce projet via un prêt auprès d’un établissement bancaire, en l’occurrence la Caisse d’épargne. Nous avons eu la chance de pouvoir contracter ce prêt à une époque où les taux d’intérêts étaient encore relativement bas. A l’époque, nous n’avions pas sollicité de prêt d’établissements comme la Banque des Territoires, qui peuvent prêter à des taux plus avantageux que le marché pour des établissements de la protection de l’enfance.
Au niveau des travaux, nous avons été accompagnés :
- Par le maître d’œuvre : Mr Christian LIONS-PATACCHINI ;
- Par l’architecte : Mr Gilles Durand ;
- Par des entreprises locales de bâtiment.
Nous avons pu compter, tout au long des travaux et en tant que de besoin, sur le soutien du Conseil Départemental.
Enfin, quels conseils donneriez-vous à un pair qui se lance dans un projet similaire ?
Un projet de cette nature doit être largement expliqué pour susciter l’adhésion des enfants comme des salariés. Il est essentiel de recueillir les idées de chacun et d’en tenir compte autant que possible, dans le respect des contraintes budgétaires, des aléas du chantier et des exigences de sécurité. Une collaboration étroite avec le maître d’œuvre et l’architecte est déterminante, tant en amont pour préparer les travaux que pendant le pilotage du chantier. Le recours à des entreprises locales peut aussi être un atout, grâce à leur proximité et à leur connaissance de l’association. Enfin, un suivi très régulier du chantier reste indispensable, même entouré de professionnels compétents, car il est important que les entreprises identifient clairement le sens et les bénéficiaires de leur intervention.